Rousseau, le sentiment et la pensée
Par administrateur le lundi 11 avril 2011, 14:43 - Édition
Les éditions Glénat feront paraître, en janvier 2012, un beau-livre, dirigé par Yves Mirodatos, intitulé "Rousseau, le sentiment et la pensée".
Les textes de contributeurs experts seront accompagnés d'une abondante
iconographie. Un livre destiné à un public curieux, mais non savant, qui
devrait donner goût à l'année Rousseau... En voici les grandes lignes.
Avant-propos
Lire Rousseau aujourd’hui (Yves Mirodatos)
Ce portrait liminaire montrera un Rousseau « homme à paradoxes », non « à
préjugés », philosophe majeur et ennemi des « Philosophes » des
Lumières, contempteur du genre romanesque et auteur d’un des plus grands
romans de son siècle, ami du genre humain et hanté par le sentiment
d’un complot universel, etc. Pourquoi lire Rousseau aujourd’hui ? non
pour y trouver des réponses aux problèmes politiques, écologiques,
moraux, etc. qui se posent à nous, mais pour les penser à la lumière
d’une réflexion extraordinairement déliée qui a abordé tous les domaines
et pour redécouvrir un grand écrivain finalement méconnu, hormis
quelques pages canoniques.
Vivre, sentir, écrire
* Parcours entre Rhône et Alpes (Mireille Védrine, conservateur du musée des Charmettes)
Il s’agira d’une promenade historique et géographique sur les traces de
Jean-Jacques dans notre région, pour une approche sensible, dans le
paysage naturel et urbain, d’un homme dont la vie et l’œuvre sont
indissociables. Les Confessions, les Rêveries accompagneront ce parcours
d’un grand marcheur et botaniste passionné à ses heures.
* Rousseau à Lyon (Michael O’Dea, professeur émérite à l’Université Lyon
2 – Commissaire de l’exposition « Jean-Jacques Rousseau, entre Rhône et
Alpes » à la bibliothèque municipale de Lyon)
* Le sentiment de la nature et l’invention de la montagne (Yves Mirodatos)
Pour les lecteurs d’aujourd’hui, il faut comprendre comment le «
sentiment », chez Rousseau, permet une saisie du monde et de soi, une
émotion vraie au contact de la nature, qui, de plus, entre en résonance
avec notre sensibilité inquiète du devenir de ce monde menacé, précieux
patrimoine à la conservation duquel, sans anachronisme, Rousseau peut
nous amener à veiller. Préfigurant le romantisme, il « invente » la
montagne dans les récits fameux de ses expéditions ou dans son grand
roman, renouvelant la perception souvent « horrible » que l’âge
classique s’en faisait. Ce sera l’occasion de voir comment Rousseau
percevait idéalement la vie des montagnards, voire des « montagnons »
Rousseau et les autres
* Rousseau avec et contre les penseurs de son temps (Jean Goldzink, ancien professeur de littérature française du XVIIIe siècle à l’École normale supérieure de Fontenay/Saint-Cloud/Lyon)
Rousseau, lecteur infatigable, a lu les classiques de la littérature et de la philosophie, les moralistes et les juristes. Il a formé sa pensée, élaboré son « système » dans la confrontation parfois amicale, parfois hostile avec ses contemporains, et ce dès le Discours sur les Sciences et les Arts. Par delà les faits et les légendes, il s’agira de voir les relations complexes qui ont uni Rousseau aux penseurs de son temps, en France et en Europe : Voltaire, Diderot, Hume, etc.
* Figures de femmes : « Maman », Julie, Sophie et les autres (Florence Lotterie, professeur de littérature française du XVIIIe siècle à l’École normale supérieure de Lyon)
Une constellation de figures féminines, réelles ou fictives, surgit dès lors qu’on évoque la vie et l’œuvre de Rousseau. Le rapport aux femmes n’a jamais été simple (Mlle Lambercier, Mme de Warens, Zulietta, Thérèse et tant d’autres en attestent !) mais, là encore, au-delà des faits biographiques, il faut réfléchir à la conception que Rousseau se faisait de la femme : Sophie, dans le dernier livre de l’Emile, Julie dans La Nouvelle Héloïse, pour ne citer que les œuvres principales, sont ces personnages qui posent le problème : Rousseau nous propose-t-il une vision « rétrograde » des femmes ou bien, derrière les clichés, ouvre-t-il des pistes ?
* Tribulations d’un musicien (François Jacob, conservateur de l’Institut et du Musée Voltaire, directeur du projet genevois « 2012 Rousseau pour tous »)
La musique occupe une place capitale dans l’œuvre de Rousseau : de la description comique du concert de Lausanne dans les Confessions jusqu’à ses articles du Dictionnaire de Musique, en passant par son Essai sur l’origine des Langues, il n’a cessé d’écrire sur la musique, aussi bien que d’écrire de la musique : copiste, pour gagner sa vie, mais aussi compositeur, ce que le grand public ignore généralement. Pour en saisir les enjeux esthétiques, le propos sera replacé dans le contexte historique de la Querelle des Bouffons pour accorder la suprématie à la musique française ou à la musique italienne, à l’harmonie ou à la mélodie. Riches aussi sont les échos avec la propre vie affective de l’auteur.
Les grands massifs de l’œuvre
* La philosophie politique (Robert Dumas, agrégé et docteur en philosophie au lycée Berthollet à Annecy)
Les « philosophes » fréquentent plus volontiers que les « littéraires » ces territoires historiques, juridiques et politiques : néanmoins, les enjeux sont de taille. Panthéonisé, adulé ou exécré, décrit comme un jacobin ou un girondin, Rousseau fut longtemps l’objet de tous les malentendus en matière de philosophie politique. Il s’agit de mettre en regard les grands textes comme le second Discours et le Contrat social, mais aussi les projets pour la Corse ou la Pologne, etc. Comment les principes républicains fondateurs ont-ils émergé et été articulés par le penseur ? La crise actuelle du politique pourrait nous inviter à repenser des notions capitales comme l’obligation civique du contrat social.
* La philosophie de l’éducation (Jean Goldzink)
Que n’a-ton pas dit sur l’inconséquent individu qui abandonne ses enfants et écrit un vaste traité pédagogique ! En faisant justice des idées reçues, l’étude mettra en évidence la richesse de l’Emile, qui, certes, envisage la formation de l’homme de la nature appelé à devenir citoyen, mais propose aussi une morale, une « profession de foi », et renvoie constamment au reste de l’œuvre. Entre essai théorique et fiction, l’ouvrage est inséparable du Contrat social, les deux livres ayant été publiés la même année et ayant connu des vicissitudes comparables. La philosophie de l’éducation s’exprime également dans La Nouvelle Héloïse et d’autres écrits de Rousseau précepteur.
* L’écriture du moi, des Confessions aux Rêveries (Michael O’Dea )
Sans doute, ce massif autobiographique jouit-il de la plus grande notoriété, quoique les Dialogues de Rousseau, juge de Jean-Jacques ou même les Rêveries ne soient pas des livres si connus que cela du grand public. Comment Rousseau fonde-t-il le genre autobiographique avec les Confessions, rompant avec la tradition aristocratique des Mémoires et pariant sur la transparence des consciences ? Récit dramatique ou picaresque, lyrique ou pathétique, l’œuvre peut-être la plus célèbre de Rousseau constitue un repère capital dans l’histoire de la littérature française, d’où procèdent Chateaubriand et tant d’autres. Mais cette écriture du moi se forme aussi dans les Lettres à Malesherbes, par exemple. Le testament littéraire des Rêveries sera davantage mis en lumière que les douloureux Dialogues, malgré le regain d’intérêt que l’on trouve aujourd’hui à ce texte très moderne.
* Le « langage des cœurs » de la Nouvelle Héloïse (Yves Mirodatos)
Le plus grand succès de librairie de son temps… Balzac, Stendhal, etc. en furent nourris. Histoire d’une conversion édifiante à la vertu ? sans doute, mais ce chef d’œuvre du roman épistolaire, histoire d’une passion impossible, laisse le lecteur méditer entre les lettres sur le non-dit du texte. Polyphonique, il fait entendre le « langage des cœurs » malgré la différence des voix qui s’entrecroisent. C’est aussi un formidable creuset pour le débat d’idées sur de sujets de morale, d’esthétique, d’économie domestique, etc., sans que l’intérêt romanesque en soit le moins du monde altéré.
Chronologie
Bibliographie
Commentaires
Si vous pourrez m'envoyer ce magnifique livret !
Mekoul Israel Jacob B.