L’exigence d’authenticité
Par administrateur le lundi 21 juin 2010, 17:45 - Universités / Recherche
Université Stendhal-Grenoble 3
18-21 octobre 2012
Colloque
accompagné d’un cycle de conférences (automne-hiver 2012)
Manifestation organisée par Yves Citton et Jean-François Perrin
(Université Stendhal et UMR Lire 5611)
dans le cadre de la célébration de Rousseau 2012 à Grenoble
L’expérience de Rousseau
De quelle définition de l’« authenticité » peut-on se réclamer aujourd’hui ? Tout le monde en parle sous les nouvelles appellations de traçabilité, d’AOC ou de « bio », mais qui y croit et pour quelles raisons ?
Certains penseurs se sont avisés de la prégnance contemporaine de cette « culture de l’authenticité » (Charles Taylor) pour y repérer un produit de ce que le XVIIIe siècle français a visé sous la catégorie du « sentiment de l’existence » : la coïncidence de soi à soi comme expérience sensible de coexistence au Tout de la Nature (créée ou non) passerait alors pour le fondement de toute justesse morale possible.
C’est, dès les années 1770, en critique de la société du spectacle que Rousseau écrit ses œuvres autobiographiques : dans l’opinion publique en formation qu’il observe à son époque, il voit se dessiner en filigrane l’impérialisme d’une médiasphère universelle dont le système de représentations a vocation à identifier radicalement l’être à l’apparence.
Ce qui se joue là, c’est la question absolument politique de la liberté, une liberté que Rousseau a pensée comme le propre de l’espèce humaine et dont il a expérimenté l’exigence en refusant d’asservir son génie à aucune nécessité émanant des contraintes et convenances sociales : « la cause de cet invincible dégoût que j’ai toujours éprouvé dans le commerce des hommes (…) n’est autre que cet indomptable esprit de liberté que rien n’a pu vaincre » (Lettres à Malesherbes).
Rousseau a connu de près l’expérience – indissociablement littéraire et existentielle – de l’exigence d’authenticité, de la tension productive inhérente à une insatisfaction radicale envers le monde du spectacle et des échanges marchands. Il y a vérifié ce que peut la recherche entêtée d’un accord entre ce qu’on est et ce qu’on (se) fait, en luttant contre la dictature des images et l’emprise de l’esprit public, dans l’assomption d’une solitude dépossédée, tendue dans l’effort pour forcer le spectacle à accueillir son exigence d’authenticité.
« L’essence de mon être est-elle dans leurs regards ? » La question que se pose Rousseau dans l’un de ses derniers écrits anticipe les analyses d’un Pierre Sansot: « la faveur dont nous jouissons auprès des autres hommes authentifie notre réussite, notre excellence. De là nos tentatives pour séduire, corrompre, nous imposer, et l’idée que notre être se confond avec l’image que l’on a de nous » (Du bon usage de la lenteur). Revigorer l’exigence d’authenticité, en 2012, ne veut nullement dire « revenir en arrière ». Il ne s’agit ni de retomber sur une lecture « existentialiste » d’un Rousseau chantre et exemple de « l’immédiateté », ni surtout de poser une équation (rousseauiste) entre l’authentique et l’origine.
Reformuler l’authentique
La reprise proposée par Sansot du motif rousseauiste de l’identification
de l’être au regard d’autrui est parfaitement désillusionnée envers
tout leurre de l’immédiateté : ce sont « les autres hommes » qui, par
leur faveur, « authentifient » mon devenir. L’enjeu de l’authentique
n’est plus, pour nous, d’échapper aux « images que l’on a de nous »,
afin d’affirmer notre nature originelle contre l’influence des autres ;
il est d’authentifier notre singularité à travers un jeu d’images
(mentales et extérieures) qui déjoue la logique des images dominantes.
Cela implique au moins trois déplacements majeurs par rapport à toute
conception « naïve » – au sens d’« illusionnée », mais surtout au sens
de « native », d’originelle – de l’authenticité, telle que la promeut
par exemple l’industrie touristique.
Premièrement, l’authentique ne relève pas de la découverte d’une réalité
extérieure, mais d’une aspiration de transformation de soi.
L’aspiration à l’authentique participe bien d’un « indomptable esprit de
liberté » en ce qu’elle nous appelle à nous libérer d’abord de
nous-mêmes, de nos possessions passées et de notre état présent.
Deuxièmement, loin d’imposer un quelconque retour à une
nature originelle, l’authentique passe par la production d’artifices
(agencements collectifs, discours, œuvres d’art) qui génèrent une
possibilité de coïncidence avec soi-même nullement donnée dans la
réalité préexistante. C’est à travers la création de soi (plutôt que par
la simple constatation de son être) qu’on accède au « sentiment de
l’existence ».
Troisièmement, ce devenir authentique implique une articulation très
particulière de tensions et de relâchements, oscillant entre une ascèse
qui renonce à certaines voies de satisfaction normée et un abandon qui
se laisse aller à l’instabilité et aux incertitudes du devenir – selon
le modèle du Rousseau exilé qui tout à la fois se tend de toutes ses
fibres dans sa résistance aux pouvoirs en place et qui ne coïncide
jamais tant à avec lui-même qu’en se laissant dériver sur une barque ou
dans une rêverie.
Authentês, c’est d’abord « celui dont émane une action », son auteur.
L’exigence d’authenticité nous invite moins à retourner à la « véritable
origine » d’un document juridique susceptible d’être falsifié, qu’à
devenir auteurs de gestes dont nous puissions revendiquer l’expérience
initiatrice et singularisante.
Activités envisagées
C’est à la reformulation d’un authentique propre aux demandes de notre
époque que nous souhaitons consacrer une série de conférences et de
publications autour des célébrations du bicentenaire Rousseau en 2012.
En rapport direct ou non avec l’œuvre de Rousseau, en accord ou en
contradiction avec les quelques lignes de réflexion esquissées
ci-dessus, les participants seront appelés à préciser en quoi l’exigence
d’authenticité garde une force centrale dans le devenir de nos
sociétés, au-delà de la suspicion (justifiée) dont ont pu faire l’objet
les références à l’authentique au cours des quatre dernières décennies.
Nous prévoyons d’organiser sur le campus de l’université Stendhal un
colloque centré plus particulièrement sur l’expérience rousseauiste de
l’authenticité et sur ses implications multiples pour le temps présent
(en collaboration avec nos collègues dix-neuviémistes pour ce qui
concerne l’héritage rousseauiste dans l’écriture stendhalienne et dans
la période romantique).
Nous souhaiterions également organiser une série de quatre ou cinq
conférences en centre-ville autour du thème de l’exigence
d’authenticité, sans que les présentations n’aient forcément de rapport
explicite à Rousseau, afin d’aborder plus directement
(philosophiquement, sociologiquement, anthropologiquement,
esthétiquement) les présences possibles de l’authentique dans le monde
actuel.
Nous prévoyons de publier les actes du colloque sur Rousseau sous forme
d’un ouvrage à part entière et de regrouper les quatre ou cinq
conférences pour en faire un dossier à publier dans la revue Multitudes.
Commentaires
Je suis professeur de sociologie à Lyon 2 et vient de publier dans la revue Sociologie (2010, vol 1, n° 2) un article consacré aux apports de JJR à la théorie sociologique de l'action. Un autre article vient de paraître dans un Traité de sociologie en Roumanie (2010, édition Beladi).
Est-il encore temps de proposer une communication au colloque de Grenoble ou pour le cycle de conférences?
En vous remerciant. Cordialement,
Jean-Hugues Déchaux
Université Lyon 2
Responsable du doctorat de sociologie et anthropologie
Directeur adjoint de MODYS (UMR 5264)
Monsieur,
En réponse à votre question sur une possible intervention de votre part dans le colloque de Grenoble, nous ne pouvons que vous conseiller de vous rapprocher des organisateurs que sont Jean-François Perrin et Yves Citton, que vous connaissez sans aucun doute et qui tous deux enseignent à l’Université Stendhal à Grenoble.
Bien à vous,
Eliane Baracetti.Philippe Lejeune a forgé le concept de pacte autobiographique, qui se définit comme un récit de l'autobiographe ...; il faut que l'auteur passe avec ses lecteurs un pacte, un contrat afin de raconter sa vie, rien que sa vie...
Mourad Belgacem, étudiant chercheur à l'université de Tunis
Madame, Monsieur,
Est-il encore possible de proposer une communication pour le colloque sur l'authenticité chez Rousseau ?
J'ai travaillé cette notion dans mes recherches sur la perfectibilité chez Rousseau, et je voulais proposer une présentation du problème de l'authenticité eu égard à la définition rousseauiste de l'homme comme "être perfectible".
Si oui, pouvez-vous me donner le contact du responsable?
Merci d'avance,
Bien à vous.
Nous faisons suivre votre demande et votre adresse aux
organisateurs , bien à vous.